Tout d’abord je tiens à remercier Monsieur le Premier Ministre François Fillon, Président de l’Observatoire de la Parité et Madame Chantal Brunet, Députée, rapporteure générale,  pour cette invitation qui me permet de m’exprimer aujourd’hui devant vous à l’occasion des 15 ans de l’Observatoire de la Parité. 

Avant toutes choses, sachez que j’ai voulu vérifier les attributions exactes de cet Observatoire, – que je connais fort peu  finalement – et j’ai eu confirmation qu’il a été crée pour, je cite  « assurer une fonction d’expertise et d’évaluation des politiques publiques visant à favoriser l’égalité entre les femmes et les hommes dans les domaines politiques, économiques et social. »

L’observatoire est composé de personnalités choisies en raison de leur compétences et de leurs expériences en matière d’égalité entre F/H : parlementaires, experts,  présidentes d’associations, juristes, historiens, sociologues : 37 membres dont un certain nombre d’hommes, fort heureusement. Chacun sait qu’une quelconque assemblée composée essentiellement de l’un ou l’autre sexe serait contraire à notre Constitution qui a inscrit l’égalité entre F/H. dans son texte.

Ces personnalités ne chôment pas et ont eu à plusieurs reprises – malheureusement – la lourde tâche d’alerter les autorités de ce pays sur les mauvais résultats de la France en matière d’égalité professionnelles et de parité politique.

Ainsi nul n’ignore aujourd’hui qu’en dépit des lois existantes, les chiffres sont alarmants. Non seulement nous n’avançons pas, mais nous régressons, ce qui donne une forte pertinence au titre que vous avez choisi pour cette journée « Egalité Professionnelle : une priorité pour 2011 ».Sauf que je doute fort que vous puissiez en une année éradiquer des inégalités qui remontent à la nuit des temps, imprègnent nos mentalités, ont contribué à forger des stéréotypes plus difficiles a désintégrer qu’un atome comme le disait Einstein .

Dès lors, le premier constat qui s’impose, au bout de 15 d’existence de cet observatoire, c’est que nos lois ne suffisent pas, parce que l’égalité ne se décrète pas.

Certes les lois sont nécessaires parce que la loi est là pour défendre le plus faible contre les abus du plus fort, mais elles ne sont pas suffisantes. 

La recherche de l’égalité est un combat. Un combat politique permanent, qui exige une vigilance de tous les instants, des actes, une volonté politique forte.

Sans quoi l’ordre naturel des choses, l’ordre naturel du plus fort sur le plus faible, revient au galop par toutes sortes de chemins. 

Et c’est ce qui se passe en France aujourd’hui. Nous pouvons lancer études, rapports, nous pouvons organiser des colloques, produire des recommandations, ce que cet Observatoire fait fort bien ainsi que les délégations parlementaires d’ailleurs, mais _pardonnez -moi de poser cette question _:

Où sont les résultats ?

Qui se charge de mettre en œuvre, ces recommandations? 

Qui a le pouvoir de les appliquer ?

A chaque nouveau gouvernement, je cherche, en vain, la  présence en bonne place, d’un Ministère semblable à celui que j’ai eu le privilège, l’honneur d’animer de 1981 à 86, qui me  permettait de siéger chaque semaine  au conseil des Ministère, d’intervenir souvent directement auprès du Président de la République, François Mitterrand, auprès des Premiers Ministres : Pierre Mauroy d’abord ensuite Laurent Fabius. Je pouvais  décider, agir, me faire l’écho  au plus haut niveau politique, des voix de ces femmes, qui représentent la moitié de l’humanité – ou la moitié du ciel – qui assurent le renouvellement de la population de belle façon, puisque les Françaises ont le meilleur taux de fécondité en Europe. Ces françaises qui en même temps contribuent largement à l’Economie de ce pays, au point que la France ne peut plus se passer de leur main d’œuvre :

Et qu’ont-elles -en remerciement ?

Des salaires qui stagnent : un récent rapport de OFCE confirme que « Bien que les filles aient rattrapé puis dépassé le niveau d’éducation des garçons – depuis 1971, 40 ans déjà  – aujourd’hui la rémunération des femmes est inférieure de près de 27% de celle des hommes.

Nous avons appris lors de la tenue du dernier Forum Economique Mondial, qu’en matière d’égalité professionnelle, la France occupe aujourd’hui la 127ème  place sur 134, ce qui n’ a vraiment rien de glorieux.

Et si certaines femmes privilégiées de la culture et de l’argent arrivent à « concilier » maternité et profession (au prix de quels efforts ?). A coté de ces femmes privilegiées, combien de milliers de femmes se trouvent prises au piège diabolique du temps partiel (80% des T.T.P. sont des femmes) ce qui explique globalement, (si on ajoute les arrêts de travail quasi obligés au moment des naissances) l’écart considérable de 600 euros des retraites, qui séparent femmes et hommes. 

Il faudrait  aussi parler des violences qui explosent, de la prostitution, ce commerce des êtres humains qui représentent pour certains proxénètes un marché financier exorbitant, sur lequel les autorités ferment les yeux.

Il faudrait aussi parler des subventions du planning familial et autres associations qui fondent comme neige au soleil à chaque budget.

Quant à la parité politique, sachez que la France qui occupait le rang peu glorieux de 18 au niveau  mondial vient de passer au 46ème sur 134 pays.

Et les choses vont encore empirer  avec  la toute récente réforme des collectivités territoriales puisque grâce ou à cause de l’adoption du système uninominal à deux tours, il faut s’attendre à voir se tarir ce vivier de candidates féminines issues de   la loi sur la parité dans les régions. 

A ce propos j’ai lu dans la presse  récemment que les Présidentes des délégations nationales aux droits de femmes de l’Assemblée Natiobnale, du Sénat et du Conseil Economique et social  considèrent que cette Réforme des collectivités territoriales  «  présente un risque important de régression en matière de Parité entre les femmes et les hommes » et qu’elle aura pour conséquence quasi mécanique « d’exclure les femmes des responsabilités départementales et régionales »…

C’est pourquoi il me semble que quelqu’un devrait alerter notre Premier Ministre qui m’a invité aujourd’hui à cette journée. Il faut que quelqu’un lui dise qu’il y a une sorte d’incohérence entre cette réforme qui sanctionne les femmes et dont il va signer le texte, et le fait de présider cet Observatoire. 

Surtout quand on sait que le degré de démocratie d’un pays se mesure au statut réservé aux femmes. 

En conclusion, que faudrait-il faire ?

Tout d’abord installer à nouveau un véritable Ministère des droits des femmes à part entière siégeant chaque semaine au conseil des Ministres soutenu par le Président de la République et le Premier Ministère et confié de préférence à une féministe. Ce Ministère n’aura pas à produire de nouvelles lois. Les lois existent. Il suffit de les appliquer vigoureusement. 

Ce ministère devra pour commencer  appliquer en priorité la loi sur l’Egalité professionnelle, qui n’est autre que la reprise d’une directive européenne. Il pourra s’inspirer du modèle Finlandais, où d’excellents résultats sont obtenus. Je l’ai constaté. 

Ce Ministère veillera à ce que soit sanctionné sérieusement les violences sexuelles. Il existe des modèles excellents en Scandinavie avec des résultats. En Suède les clients des prostituées sont sanctionnés et depuis, la prostitution a diminué de moitié (évidemment la dessus il faudra le soutien du Ministre de l’Intérieur qui devra sanctionner les proxénètes et non pas les prostituées).

Ce Ministère des droits des femmes devra obtenir de l’Education Nationale que dès la petite enfance les petites filles soient entraînées à se défendre contre les violences masculines. (y compris par des cours de self -défense).

Ce ministère devra faire en sorte qu’au moment de l’orientation professionnelle à l’école, les jeunes filles ne soient pas détournées des métiers dits « masculins ». Les métiers n’ont pas de sexe.

Ce ministère devra  aussi veiller à ce que les livres de classe soient expurgés des stéréotypes sexistes.

Ce ministère devra enfin veiller à ce que les partis politiques soient privés de la totalité de leurs subventions, dans tous les cas de non respect de la parité. Je dis bien de la totalité.

Inutile pour moi d’entrer dans les détails. Nous sommes ici plusieurs à savoir exactement ce qu’il faut faire pour stopper ce recul, et remettre en marche les droits des femmes.

Mais rien ne changera sans une volonté politique forte.

C’est pourquoi ces recommandations s’adressent en tout premier lieu à celui à qui je dois mon invitation : Monsieur  le Premier Ministre, François Fillon. 

Je vous remercie.

 

Yvette Roudy

13 décembre 2010