Dans la continuité des travaux menés lors de notre Université d'été, l'AdF relaie cette tribune de l'Association de Recherche sur le Genre en Education et en Formation (ARGEF et ARGEF France) parue sur le site du Monde le 17 octobre 2012. 

Elle fait suite à l'appel "Pour plus d'égalité entre les filles et les garçons à l'école" lancé conjointement par la ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem et par le ministre de l'éducation nationale, Vincent Peillon. 

"Par leur appel à "plus d'égalité entre filles et garçons à l'école"  lancé dans Le Monde du 25 septembre, monsieur le ministre de l'éducation nationale, Vincent Peillon et madame la ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, ont mis en lumière l'une des conditions essentielle à la réussite de "la refondation de l'école de la République" engagée par l'actuel gouvernement. Ce faisant, ils rassurent tou-t-e-s les professionnel-le-s étonné-e-s que la question de l'égalité des sexes n'ait pas été mentionnée lors du lancement de la concertation à laquelle cette dernière a donné lieu.

L'école républicaine est en effet toujours le théâtre de discriminations sexistes plus ou moins criantes. Les inégalités entre filles et garçons en termes d'orientation en sont sans doute la marque la plus frappante. D'autres sont moins visibles, mais plus insidieuses. Malgré certaines croyances, le terme élève n'est pas un substantif neutre. Nos élèves ont un sexe, les enseignant-e-s également. Aujourd'hui encore, les marques identitaires ont des effets sur les comportements et les pratiques pédagogiques : la manière d'interroger, de donner la parole en classe, de sanctionner, d'évaluer, d'orienter… Il est important que les professionnel-le-s de l'éducation en prennent la mesure. Aujourd'hui encore, certaines pratiques enseignantes entretiennent des inégalités de fait, préjudiciables aux élèves des deux sexes. C'est la raison pour laquelle il est urgent de former tou-te-s les enseignant-e-s et l'ensemble des personnels qui concourent à l'éducation et à l'orientation des élèves.
 
Dans ce chantier qui s'ouvre, nous ne partons pas de rien ! Depuis plusieurs années déjà, certain-e-s professionnel-le-s de l'éducation, parfois avec l'appui de leur institution, ont à cœur de transformer des déclarations d'intention et des textes de lois en une pratique quotidienne de l'égalité. Elles et ils s'appuient sur de très nombreux travaux issus des sciences de l'éducation, tels que ceux de Marie Duru-Bellat, Nicole Mosconi, Michelle Zancarini-Fournel, Claude Zaidman et ceux, plus récents, d'une recherche d'une grande vitalité, produisant des savoirs nouveaux indispensables à de nouvelles pratiques plus égalitaires. Car la question de l'éducation à l'égalité des sexes à l'école n'est pas nouvelle.
 
Depuis trente ans, des textes de lois, des conventions, des circulaires de l'éducation nationale se succèdent, définissant une politique globale d'égalité des chances. Ces déclarations d'intentions restent hélas bien souvent lettres mortes et l'impuissance des pouvoirs publics à les appliquer est connue : elle a été signalée à de nombreuses reprises par celles et ceux qui se consacrent à ces questions, chercheuses et chercheurs ou actrices et acteurs de terrain. Elle figure également dans certains rapports publics. Plus que jamais, il importe donc de passer aujourd'hui des déclarations aux actes.
 
Ce travail ne peut pas être mené sans une réflexion de fond sur les inégalités de sexe. Pratiques enseignantes, programmes scolaires, supports pédagogiques… doivent être évalués à l'aune d'une mixité réfléchie, assumée, volontariste pour être véritablement émancipatrice. Saisissons-nous pour cela des très nombreuses initiatives locales, nationales et internationales qui se sont emparées depuis longtemps déjà de la question. Reconnaissons le travail accompli ici et là par des équipes engagées efficacement sur le terrain, comme à l'IUFM de Lyon, pilote sur les questions d'égalité des sexes depuis 2000, mais aussi dans d'autres IUFM comme à Toulouse, ou encore à l'Université Paris-Ouest Nanterre La Défense et à l'Institut national d'étude du travail et d'orientation professionnelle (INETOP). Regardons également les plans d'études existant dans la francophonie, tel celui de la Wallonie, ou du canton de Genève qui forme tous ses enseignant-e-s de primaire et secondaire à la question du genre.
 
Valorisons ces expertises plutôt que de répéter les erreurs et les tâtonnements. Mutualisons les réflexions, les supports, les idées afin de mettre en œuvre un plan de formation à l'égalité des sexes ambitieux et pragmatique, qui soit immédiatement applicable dans le cadre des écoles supérieures du professorat et de l'éducation. Reconnaissons le chemin déjà parcouru pour mieux mesurer ce qui reste à parcourir.
 
"Nous travaillons pour faire de ces innovations multiples une véritable politique" écrivent nos ministres. Nous avons besoin de ce soutien politique pour venir à bout des résistances que nous rencontrons. Nous nous réjouissons de travailler ensemble pour passer au plus vite des déclarations d'intention aux actions de formation."
 
Association de recherche sur le genre en éducation et en formation (ARGEF)