Où en sont les femmes aujourd’hui dans leur longue marche vers l’égalité, la dignité, l’autonomie?

Elles progressent lentement, avec des avancées et des reculs, propres à tous les mouvements de libération.

 

Elles arrivent de très loin les femmes. Il suffit pour en avoir une idée de jeter un regard sur le sort que leur réservent encore aujourd’hui les intégristes de tous poils: invisibilité, soumission à l’ordre patriarcal, absence des lieux de décisions,  interdiction de travailler, dans certains pays interdiction de conduire une voiture. 

 

Dans nos pays occidentaux, sous la poussée d’une poignée de féministes et de quelques hommes généreux les droits des femmes commencent cependant à émerger..

   

LE DROIT DE VOTE.

Il y a à peine 200 ans Olympe de Gouge, dans sa déclaration des droits des femmes – belle riposte à celle des droits de l’Homme qui les avaient superbement ignorées – revendiquaient pour les femmes le droit de monter à la Tribune, puisqu’elles avaient le droit de monter à l’échafaud, disait elle. Elle fut guillotinée par nos révolutionnaires en 1793.

        

Ma mère ne votait pas, n’avait pas le droit de travailler sans autorisation de mon père,  ne possédait rien, n’existait pas, et bien sûr ne contrôlait pas ses naissances.

 

Il fallut la fin de la seconde guerre mondiale et la volonté politique d’un général pour que les femmes françaises puissent voter. Quant au droit de voter les lois qui nous gouvernent tous – hommes et femmes – seuls les hommes l’exercent. A cet instant et grâce aux socialistes eux-mêmes harcelés par les féministes,  notre Assemblée Nationale arrive péniblement à 26,9% de femmes. La parité politique reste à conquérir.

 

LE DROIT AU TRAVAIL SALARIE

Simone de Beauvoir plaçait en premier le droit au travail, le travail salarié qui seul assure l’autonomie. Car pour ce qui est de travailler les femmes ont toujours travaillé. Assumant les corvées les plus pénibles sans trêves ni repos, tout en assurant les naissances à qui nous devons notre équilibre démographique, obsession de nos démographes. Gratuitement. Elles remplissaient leur devoir. Disait-on.  

Dès la révolution industrielle du 19° siècle, très vite les femmes ont fourni une main d’œuvre à bon marché, docile, largement exploitée par un système patriarcal au service d’un monde financier conquérant, impitoyable, insatiable. C’est alors qu’épouvantés par les fausses couches multiples au fond des mines – qui faisait baisser leur taux de fécondité – nos hommes politiques ont commencé à légiférer sur le travail des femmes – afin de protéger leur capacité de reproduction. Il s’agissait d’un droit de « protection », pour un travail dit « d’appoint » récompensé par un salaire « d’appoint », et une retraite « d’appoint ».

Il fallut attendre 1983 pour qu’un texte dit d’égalité professionnelle, vienne rompre ce système de protection et parle enfin d’égalité. 

 

Aujourd’hui les femmes Françaises que les statistiques nous disent se rapprocher du taux de travail masculin représentent en fait un double marché. Celui d’en haut, composé de femmes cultivées, diplômées – les privilégiées de la culture et de l’argent, selon moi – qui savent utiliser leurs droits nouveaux, et que l’on voit se lancer à la conquête du monde dominant masculin des affaires. A leur façon elles font évoluer leurs droits.

 

Mais il existe un autre marché du travail : celui des femmes d’en bas qu’incarne la « caissière du supermarché », souvent citée par Segolène Royale, pendant sa campagne décapante qui nous a fait manquer de très peu la chance d’avoir une femme compétente à la tête du pays.  

Coincée dans un mi temps qui a littéralement explosé dès 1986, « la caissière du super marché » n’a aucune chance de promotion, aucun débouché, le plus souvent chargée d’enfants, dépendante d’un ex-époux qui souvent a su organiser son insolvabilité, ces femmes représentent les nouvelles poches de pauvreté de notre pays. Peu syndiquées, la presse les ignore.

 

Récemment un père  jugeant son droit de garde insuffisant vient de grimper au sommet d’une grue dans la ville dont le maire n’est autre que le premier ministre.  Immédiatement la Ministre de la famille a dû recevoir l’association de la condition masculine dont je recommande la lecture très édifiante de leur bulletin. 

En même temps le secours catholique vient de publier une étude d’où il ressort qu’il y a davantage de femmes pauvres que d’hommes pauvres; une mère sur trois vivant seule avec ses enfants à charge vit sous le seuil de pauvreté. 70% des travailleurs pauvres sont des femmes. 18,5% des femmes ne se soignent pas faute d’argent, contre 12,3% des hommes.

 

Notre nouvelle Ministre des droits des femmes – la seconde depuis 1981 – a du pain sur la planche. Notre nouveau President lui a donné un pouvoir équivalent à celui que François Mitterrand m’avait accordé en 1981. Peu d’argent certes,  mais la possibilité de s’exprimer chaque semaine autour de la table du gouvernement et de bousculer, rappeler à l’ordre ses collègues, parce que bénéficiant d’un ministère « transversal ».

 

Pour l’essentiel elle a la rude tache de faire appliquer les lois existantes, de combattre préjugés et stéréotypes, sachant qu’un préjugé est plus difficile à désintégrer qu’un atome selon le mot fort juste de Einstein. .

 

Si elle veut débloquer la loi sur l’égalité professionnelle, elle peut utiliser les plans d’égalité prévus dans la loi de 1983, cela sans dépenser un euro; en signant un compromis historique avec le patronat dont c’est l’intérêt. Il suffit de rechercher dans les grandes entreprises des femmes susceptibles de monter les échelles de la hiérarchie grâce a la formation professionnelle (l’argent est là – surtout utilisé pour les salariés masculins). Nul besoin de rechercher au dehors du personnel qualifié. La promotion interne existe. Reste qu’il y faut une volonté politique forte et de très bons directeurs de ressources humaines. La Finlande, le Quebec l’ont compris depuis longtemps.

Elle peut aussi exiger une bonne formation des inspecteurs du travail qui oublient le plus souvent de décortiquer le rapport annuel des situations comparées femmes/hommes, prévu par la loi. .

Et il y a au moment de l’orientation professionnelle, les campagnes d’information – avec ou sans l’éducation nationale – .. 

 

LE DROIT A DISPOSER DE SON CORPS

Plus peut être que tout autre droit, le droit à disposer de leur corps est régulièrement refusé aux femmes en dépit des lois. Quotidiennement combattu, non seulement par une certaine « condition masculine » qui considère que chacun de ces droits nouveaux est un droit en moins pour la gente masculine, mais aussi par toutes les églises, obsédées par cette capacité qu’ont les femmes à donner la vie et qui leur échappe.

 

LES VIOLENCES SEXISTES

Phénomène en expansion: les violences sexistes. Faudra t-il bientôt un couvre feu pour que les femmes échappent aux agresseurs qui hantent nos rues. Vont-elles perdre le droit de circuler librement sans risque de se faire agresser ?

Benoite Groult le dit : le féminisme ne tue pas, le machisme si.

Chaque année 130 femmes meurent sous les coups de leurs compagnons. Indulgents les tribunaux classent souvent ces crimes dans « crimes d’amour ». "Depuis quand l’amour donne t il le droit de tuer?" s’interrogeait Simone de Beauvoir à propos d‘un homme acquitté après avoir roués de coups sa femme et l’avoir laissé agoniser toute une nuit sur le carreau de la cuisine.

Plus grave encore les violences sexistes apparaissent maintenant à l’école, jusque dans les cours de recréation où des bandes de petits garçons de plus en plus jeunes, nourris d’une télévision de plus en plus violente, s‘en prennent aux petites filles dès qu’ils les sentent isolées.Quelques leçons de respect d‘autrui pour tous et quelques cours de self-défense pour les filles, dès l’école, ne seraient pas superflus.

 

Mais on n’éradique pas,  plus de 2000 ans de culture sexiste en quelques années. D’autant que le conditionnement à la domination pour les uns et à la soumission pour les autres commence dès la naissance, avec les poupées pour les unes et les soldats de plomb pour les autres.

 

Il faudra des années, voire des siècles, pour déraciner ces vieux préjugés sexistes qui tout comme le racisme ne cessent  de freiner notre démocratie, car ne nous y trompons pas « le degré de démocratie d’une société se mesure au statut de la femme. »(l). Raison de plus pour ne pas perdre de temps.

 

Yvette Roudy.

Ministre de François Mitterrand des droits des femmes de 1981 à 1986.

 

(l) .Marx, Bourguiba, Ghandi et quelques autres.